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Prisonniers nus — Ur antique (vers 2900-2700 AEC)



More than 4,500 years ago, this clay sealing from ancient Ur depicted a line of naked prisoners being marched together.

Shown one behind another in profile, the captives are completely stripped of clothing and possessions. Their nudity likely emphasized their vulnerability and defeated status—a visual language of captivity and submission that appears elsewhere in ancient Mesopotamian art.

Despite the simplicity of the image, it provides a striking glimpse into warfare, prisoners, and displays of power during the Early Dynastic period, when some of the world's earliest cities were developing in southern Mesopotamia.

📍 Ur, Iraq
📅 ca. 2900–2700 BCE
🏺 Clay sealing
🏛️ Penn Museum, Philadelphia


Trouvé ici.


Percer le secret du proto-élamite


Extrait de la fascinante nouvelle:


The world's oldest undeciphered writing system, which has so far defied attempts to uncover its 5,000-year-old secrets, could be about to be decoded by Oxford University academics.

This international research project is already casting light on a lost bronze age middle eastern society (...) "I think we are finally on the point of making a breakthrough," says Jacob Dahl, fellow of Wolfson College, Oxford and director of the Ancient World Research Cluster.

Dr Dahl's secret weapon is being able to see this writing more clearly than ever before.

(...) This device, part sci-fi, part-DIY, is providing the most detailed and high quality images ever taken of these elusive symbols cut into clay tablets. (...) It allows a virtual image to be turned around, as though being held up to the light at every possible angle.

These images will be publicly available online, with the aim of using a kind of academic crowdsourcing. 

(...) But this is painstaking work. So far Dr Dahl has deciphered 1,200 separate signs, but he says that after more than 10 years study much remains unknown, even such basic words as "cow" or "cattle".

(...) But why has this writing proved so difficult to interpret?

Dr Dahl suspects he might have part of the answer. He's discovered that the original texts seem to contain many mistakes - and this makes it extremely tricky for anyone trying to find consistent patterns. (...) There seems to have been an unusual absence of scholarship, with no evidence of any lists of symbols or learning exercises for scribes to preserve the accuracy of the writing.

This first case of educational underinvestment proved fatal for the writing system, which was corrupted and then completely disappeared after only a couple of hundred years. "It's an early example of a technology being lost," he says. "The lack of a scholarly tradition meant that a lot of mistakes were made and the writing system may eventually have become useless."

Making it even harder to decode is the fact that it's unlike any other ancient writing style. There are no bi-lingual texts and few helpful overlaps to provide a key to these otherwise arbitrary looking dashes and circles and symbols.

This is a writing system - and not a spoken language - so there's no way of knowing how words sounded, which might have provided some phonetic clues.

(...) Even without knowing all the symbols, Dr Dahl says it's possible to work out the context of many of the messages on these tablets. The numbering system is also understood, making it possible to see that much of this information is about accounts of the ownership and yields from land and people. They are about property and status, not poetry.

(...) The tablets also have surprises. Even though there are plenty of pictures of animals and mythical creatures, Dr Dahl says there are no representations of the human form of any kind. Not even a hand or an eye. Was this some kind of cultural or religious taboo?

Dr Dahl remains passionate about what this work says about such societies, digging into the deepest roots of civilisation. This is about where so much begins. For instance, proto-Elamite was the first writing ever to use syllables. (...) And with sufficient support, Dr Dahl says that within two years this last great lost writing could be fully understood.


Si vous souhaitez contribuer à l'effort de traduction, voici les adresses à consulter:

http://cdli.ox.ac.uk/wiki/proto-elamite 

cdli.oxford@orinst.ox.ac.uk


 

Le destin des Celtes : histoire et déclin



Les morts gisaient, décapités. Les chevaux, les bovins et les moutons avaient été sacrifiés. Les habitants avaient empilé les cadavres dans des fosses ou les y avaient déposés au cours de cérémonies rituelles.

La colline du Mormont, en Suisse, connut réellement des scènes aussi effroyables, selon les archéologues Gilbert Kaenel et Lionel Pernet, dans ce qui semble avoir été un camp de réfugiés celtes situé au-dessus du lac Léman. Gilbert Kaenel, encore récemment directeur du Musée archéologique du canton de Vaud, a dirigé les travaux de préservation et de restauration des fosses du Mormont. Lionel Pernet a pris sa suite.

Les archéologues ont entrepris de fouiller la colline en 2006, en préalable à l’ouverture d’une carrière d’exploitation de calcaire. Ils ont alors découvert 250 fosses. Elles recelaient d’innombrables vestiges de récipients à boire en céramique et en bronze, ainsi que des outils de forgeron et six haches de menuisier, sans compter plus de 150 meules qui n’avaient pas beaucoup, voire jamais servi. Mais il y avait très peu  de traces d’armes. En revanche, des ossements ont été mis au jour, dont ceux de chevaux particulièrement précieux, importés d’Italie et symboles de prestige chez les Celtes. Mais d’autres ossements appartenaient à des humains.

Une cinquantaine de personnes ont été découvertes, allongées comme dans une tombe ou inhumées en position assise. Plusieurs crânes étaient privés de leur mâchoire inférieure, souvent retirée par les Celtes dans un cadre rituel.

Kaenel et Pernet ont cru avoir découvert un lieu de culte sur le Mormont, avant d’être pris de doutes. En effet, les sites sacrés se caractérisent par une certaine permanence. Or, d’après ce qu’ils en savaient, l’endroit ne resta peuplé que durant quelques mois. Et ce n’était pas une colonie, ne fût-ce que parce que la géologie de cette montagne calcaire ne se prête pas à la constitution de réserves d’eau. Il fallait donc l’apporter péniblement sur place. Mais pour quelle raison ces gens avaient-ils tué des animaux de valeur ? Pourquoi avaient-ils abandonné là des outils et des meules ?


« Tous ces objets étaient pourtant d’une utilité vitale, remarque Gilbert Kaenel. Ils ne s’en seraient pas débarrassés sans raison. »

Voici ce que suppose l’archéologue : aux abois, les Celtes se réfugièrent sur le Mormont – tous, peut-être, à l’exception des hommes aptes au combat. Dans leur désespoir, ils sacrifièrent même leurs biens les plus chers, allant jusqu’à immoler des humains pour implorer le secours des dieux. En ce temps-là, en effet, vers la fin du IIe siècle av. J.-C., des changements se profilaient en Europe centrale. Des bandes de Cimbres et de Teutons, des peuplades germaniques, écumaient le territoire celte du sud de l’Allemagne et de la Suisse actuelles. Rome elle-même dut se défendre contre ces intrus – et en profita pour élargir sa propre aire de domination.

« Ce fut une époque dramatique, un véritable tournant, affirme Gilbert Kaenel. Elle marque le début du déclin des Celtes. »

Cette nouvelle civilisation avait émergé en Europe sept siècles plus tôt, lorsque le fer avait remplacé le bronze au premier rang des métaux employés pour la fabrication d’armes et d’outillage.

Sur un territoire allant de la Bohême à la Bourgogne, en passant par le sud de l’Allemagne, les hommes adoptèrent un mode de vie similaire. Ils bâtirent des tumulus, élaborèrent des rituels comparables, créèrent un art figuratif marqué par des représentations d’animaux et d’humains, et adoptèrent l’usage d’agrafes typiques pour fermer leurs vêtements. Ils furent également à l’origine d’une révolution technologique, avec l’invention d’outils tels que le tour de potier à rotation rapide et la meule à bras.

Les Celtes vivaient en groupes tribaux distincts. Qu’ils se soient considérés comme une communauté et aient développé un sentiment collectif est peu probable. Historiens et archéologues conviennent qu’ils ne créèrent jamais d’empire cohérent. Nombre de chercheurs vont jusqu’à remettre en cause l’existence même d’une entité que l’on pourrait appeler « les Celtes ».

Beaucoup préfèrent parler de culture de l’âge du fer – aussi appelée cultures de Hallstatt et de La Tène. Mais la plupart acceptent le terme «Celtes », ne serait-ce que comme nom collectif d’usage désignant un peuple qui s’étendit, d’un côté, jusqu’à la Turquie, et, de l’autre, jusqu’à l’Espagne, et atteignit même les îles Britanniques.

Les Celtes se livraient au commerce à longue distance. Ils assimilèrent les connaissances et le mode de vie des civilisations d’Europe du Sud, et importaient du vin. Ils étaient également de remarquables bâtisseurs, à qui l’on doit les premières villes au nord des Alpes. Pourtant, ce peuple est le seul de toute l’Europe centrale antique qui ne laissa pas de nation.

Les Celtes ne disposaient pas de langue écrite. Les chercheurs doivent donc s’appuyer sur les récits –souvent politiquement motivés et partiaux – de leurs contemporains grecs et romains, tels que l’historien Hérodote et le général Jules César. Mais leurs principales sources d’information sont les fouilles archéologiques, comme celles entreprises par Dirk Krausse.

Cet archéologue du land de Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l’Allemagne, se tient sur le point le plus élevé de la Heuneburg, à mi-chemin entre le lac de Constance et Ulm. Il parcourt du regard un système de puissantes fortifications et de fossés, édifié là par les Celtes voilà 2500 ans. Le dispositif devait assurer la protection de leur bourgade, construite sur un plateau incliné, juste au niveau d’un gué sur le Danube.

La Heuneburg fut fondée vers 620 av. J.-C., au début de l’époque celte. Elle était bâtie sur le  cours supérieur du fleuve, à son point de rencontre avec une ancienne route marchande qui conduisait à la rivière Neckar et, plus loin, jusqu’au Rhin. La Heuneburg devint une plaque tournante du commerce avec des pays lointains, via les cols alpins menant à l’Italie.

Ce fut également par ce point de passage que les marchandises et les idées arrivèrent dans le Nord –à l’instar des connaissances techniques nécessaires pour édifier l’enceinte en briques d’argile de la cité. On n’avait jamais vu cela en Europe centrale, pas plus que dans une grande partie de l’Italie : un mur long de 750 m et haut de 4 m, crépi de blanc, équipé de tours, d’un chemin de ronde et de deux portes.

Krausse contemple l’éminence sur laquelle se dressent quelques bâtiments reconstitués. «Jusqu’à 3500 habitants ont pu vivre ici, estimet-il. Rome n’était pas beaucoup plus grande, à l’époque, et la population d’Athènes ne dépassait sans doute pas 10000 personnes. » Il est convaincu que la Heuneburg, située dans le sud de l’Allemagne, n’est autre que la légendaire ville celte de Pyrène mentionnée par Hérodote.

Derrière le mur d’enceinte, les artisans fabriquaient de coûteuses céramiques. Ateliers, maisons et entrepôts se jouxtaient, en une forme précoce de vie urbaine. Toutes les découvertes archéologiques suggèrent une période de paix relative, malgré quelques mystérieux bouleversements. La citadelle fut rénovée et, 170 ans plus tard, subitement abandonnée par ses habitants. Peut-être les routes marchandes s’étaient-elles déplacées encore une fois, faisant perdre de leur importance à la ville des Celtes et à ses établissements extérieurs.

Un site illustre la position qu’elle occupa, et fascine particulièrement Krausse et son équipe. L’archéologue se retourne pour désigner deux tumulus couverts d’herbe, à proximité de la Heuneburg : «Ceux qui franchissaient jadis la porte principale et portaient le regard entre ces tumulus apercevaient au loin un éperon rocheux blanc étincelant. C’est l’Alte Burg. Une voie de communication directe le reliait à la Heuneburg.»

L’aménagement réalisé par les Celtes il y a 2500 ans sur l’Alte Burg («Vieux Château»), situé sur un escarpement du Jura souabe, est à peine croyable. Avec des moyens techniques rudimentaires, ils défrichèrent et nivelèrent cette éminence allongée sur 340 m de longueur et 60 m de largeur. Puis ils protégèrent cet espace avec plus d’une centaine de bastions. Sur les deux longueurs, ils construisirent deux terrasses, et creusèrent un fossé à leur pied. Le blanc éclatant de l’éperon rocheux calcaire se détachait sur le paysage environnant–un signe de domination et de pouvoir visible de loin. Sur l’un des côtés du plateau que la forêt a reconquis depuis longtemps, une fosse profonde de 5 m a été dégagée voilà plus d’un siècle. Les restes de six individus y ont été découverts, mais ont disparu depuis. En reprenant des fouilles sur place, au milieu des années 2000, les archéologues ont exhumé d’autres ossements.

Les chercheurs s’interrogent sur la fonction possible du site. L’Alte Burg était-il un lieu de culte ? Krausse avance une hypothèse hardie. Il pense que les habitants de la Heuneburg ont emprunté à l’Italie non seulement la technique de construction de leur enceinte, mais aussi les spectacles de courses de chars.

L’Alte Burg était-il un équivalent celte du cirque Maxime de Rome et utilisé, en outre, pour certaines cérémonies rituelles, dont des sacrifices humains? Y organisait-on des compétitions pour rapprocher les Celtes de la région et cimenter une identité commune ? Si Dirk Krausse l’envisage, il ajoute avec prudence : « Nous ne savons pas grand-chose du monde intellectuel et spirituel de ces individus. Beaucoup d’éléments restent obscurs. »

À l'époque de l'édification de la Heuneburg, un autre site celte avait déjà pris de l’importance: le Glauberg, un plateau qui s’élève dans un paysage ondulé, juste au nord de l’actuelle Francfort. Par-delà la baie vitrée du musée local s’étend le paysage légèrement vallonné de la Vettéravie, avec des bosquets et de petites forêts. « Sans doute la forêt y était-elle déjà clairsemée, selon Axel Posluschny, qui  dirige les recherches sur le Glauberg. Il y avait deux ou trois fermes de quatre ou cinq bâtiments, ici et là des villages un peu plus gros. Ces établissements étaient séparés par des terres fertiles, où l’on cultivait l’orge, l’engrain, l’épeautre et les lentilles. »

La polyculture réduisait sans doute le risque de perdre toute une récolte. Et l’analyse des os retrouvés là a établi qu’ils étaient ceux de porcs, de chèvres et de poules.

Trois êtres humains avaient été inhumés au pied du Glauberg. Au cours des dernières décennies, les fouilles des tombes ont livré des restes de squelettes et des accessoires d’une richesse toute particulière : épées, pointes de lances, bracelets et colliers en or, un bouclier et deux pichets contenant encore des restes d’hydromel.

Au pied du plateau, les chercheurs ont également découvert une statue en grès, haute de près de 2 m et coiffée d’une couronne de gui. Unique en son genre, la statue est devenue le symbole du site. Il lui manque les pieds, comme si elle avait été abattue de son piédestal.Mais les archéologues du Glauberg sont encore plus intrigués par un gigantesque fossé d’enceinte et par le « chemin de procession». Celui-ci est aligné avec précision sur l’azimut le plus au sud du lever de lune. Or cette situation astronomique ne se produit que tous les 18,6 ans. Qu’est-ce que tout cela signifie ? «Murailles et fossés sont pure frime, affirme Axel Posluschny. Il n’empêche, le savoir est toujours une source de pouvoir, et cette installation est un symbole de ce pouvoir. Elle nous montre aussi que les Celtes avaient déjà de remarquables connaissances scientifiques et effectuaient des observations des phénomènes naturels sur le long terme. »

Ces observations étaient sans doute la tâche des druides, une caste particulière. On sait toutefois beaucoup moins de choses sur eux que ne leur en attribuent leurs fans d’aujourd’hui. Des chroniqueurs grecs, comme le philosophe Posidonios, ont décrit ces hommes mystérieux, et César a donné les noms des dieux avec lesquels ils cherchaient à entrer en contact: Mercure, Minerve ou Mars. Nous ne possédons cependant aucune information sur les druides émanant des Celtes eux-mêmes.

Les druides ne transmettaient leur savoir que sous forme orale. Nous ne disposons d’aucune note écrite. L’archéologie elle-même ne fournit aucun témoignage de l’existence de ces guides spirituels. Nulle sépulture n’atteste leur réalité. Les sanctuaires et les lieux de sacrifices laissent toutefois penser qu’un clergé organisé existait.

« Les druides étaient indéniablement les érudits de leurs temps, décrit l’archéologue Susanne Sievers, spécialiste des Celtes. Ils s’intéressaient à l’astronomie aussi bien qu’à la politique et à l’économie. Ils servaient de conseillers aux dirigeants. » Aussi peut-être étaient-ils impliqués dans les projets de construction. Et peut-être furent-ils consultés sur la création et l’orientation du chemin de procession du Glauberg.

S’ils étaient très écoutés pour toutes les questions qui avaient trait à la paix et à la guerre, ils le furent aussi probablement au moment de la marche sur Rome, un événement dont les conséquences allaient être dramatiques, pour les Celtes comme pour les Romains.

Des guerriers celtes avaient déjà combattu comme mercenaires dans d’autres armées, et même dans les rangs romains. Les marchands racontaient des récits sur le luxe méridional. Attirés par la perspective d’une vie meilleure, et sans doute poussés par de mauvaises récoltes dues à des conditions climatiques défavorables, plusieurs dizaines de milliers de Celtes se rassemblèrent vers l’an 400 av. J.-C. et franchirent les Alpes en direction du Sud.

En juillet de l’an 387 av. J.-C., ils atteignirent Rome. Là, ils trouvèrent les rues et les places désertes. Des milliers d’habitants avaient fui. Il ne restait dans les maisons que des vieillards, des femmes et des enfants. Les Celtes investirent le Forum, avant de piller et de massacrer.

Les Romains ne s’avouèrent cependant pas vaincus. Au terme de longs combats, les intrus furent chassés. Mais l’humiliation d’avoir été menacés sur leur propre sol resta gravée dans l’esprit des Romains. Elle marqua l’attitude des Romains à l’égard des Celtes jusqu’à la défaite ultime de ces derniers, 330 ans plus tard.

Entre-temps, les plus importants centres économiques des Celtes prospérèrent au pied des Alpes orientales. En effet, cette région recelait du sel. Dans la haute vallée de Hallstatt et à proximité de Dürrnberg, on en trouve relativement près de la surface du sol. Le sel est un produit essentiel pour les hommes comme pour le bétail. Il servait à relever les plats, à conserver la viande et à tanner le cuir. Or Dürrnberg se trouve à proximité de la Salzach, une rivière navigable, qui permettait de transporter l’« or blanc » jusqu’à ses débouchés.

Tendant le bras tantôt à gauche, tantôt à droite, Holger Wendling, directeur de recherches au Keltenmuseum (musée des Celtes) de Hallein, près de Salzbourg, en Autriche, conduit sur une départementale qui traverse cette région de moyenne montagne fragmentée. Il connaît parfaitement les sites où les gens vivaient dans des petites agglomérations et des fermes.

Le Dürrnberg fait l’objet de recherches depuis des décennies. On estime qu’un millier d’individus étaient établis alentour, vivant de l’extraction du sel, ou bien comme menuisiers, tanneurs et marchands. Important centre du commerce du sel, Dürrnberg fournissait une grande partie de l’Europe centrale. C’était «une sorte de zone économique spéciale pour l’exploitation minière et d’autres industries », explique Wendling.

L’extraction du sel était coûteuse et exigeait un important investissement, ce qui présupposait l’existence d’une classe dirigeante prospère. Il fallait d’abord repérer les veines de sel gemme. On creusait ensuite dans la roche des galeries longues de 200 à 300 m, étayées avec des troncs d’arbres. On devait assurer leur ventilation et alimenter les mineurs. Il faisait chaud et les torches ne fournissaient qu’une faible lumière. Le sel était détaché à l’aide de pioches ordinaires, et l’on peut supposer que femmes et enfants étaient chargés de transporter les lourds blocs de sel à l’air libre. Un travail très pénible.

Le sel ne permit pas seulement la conservation de la viande ; il a également préservé des objets que les Celtes laissèrent derrière eux. Les archéologues ont retrouvé dans la montagne des chaussures en cuir en bon état, avec leurs lacets, ainsi que des excréments humains. L’analyse de ces derniers a révélé que les mineurs se nourrissaient de légumineuses et de céréales, et qu’ils étaient nombreux à souffrir de parasitoses telles que des nématodoses et des douves du foie. Ce qui n’en empêcha pas certains de vivre jusqu’à 80 ans. En 1573, des mineurs qui travaillaient dans les galeries y avaient déjà découvert deux cadavres bien conservés.

On peut penser que les marchands de sel de Dürrnberg fournissaient aussi Manching, alors la plus grande ville au nord des Alpes. C’est aussi l’un des exemples les plus connus d’oppidum –nom donné par les archéologues aux grandes cités fortifiées des IIe et Ier siècles av. J.-C., où les Celtes associaient vie profane et spirituelle, habitations, commerces et sanctuaires.

Susanne Sievers travaille depuis plus de trente ans à l’Institut archéologique allemand de Manching, près d’Ingolstadt, et elle a reconstitué la vie qu’on y menait. Une fois franchi le mur d’enceinte édifié vers 125 av. J.-C., on découvrait une agglomération avec des caractéristiques plus ou moins rurales. Les habitants avaient cependant établi un système complexe reposant sur une hiérarchie et sur la division des tâches. Ils frappaient monnaie et se livraient au commerce à longue distance, y compris avec les Romains; ils utilisaient l’écriture latine et maîtrisaient le travail du métal et du verre. La cité a pu abriter jusqu’à 10000 habitants, organisés en petites unités qui occupaient chacune une surface de 100 m sur 100 m.

« Les Celtes étaient au seuil d’une civilisation avancée », estime Susanne Sievers. Mais c’est alors que leur destinée bascula.

À peu près à l'époque où le groupe celte chercha refuge sur le Mormont, les habitants de Manching renforcèrent la porte est de la ville, qui en était l’accès principal. Ils attendaient peut-être des ennemis venus du Nord : les Cimbres et les Teutons (qui avaient eux-mêmes quitté le Jylland, dans l’actuel Danemark, sans doute après une série de mauvaises récoltes), ou bien d’autres groupes de Celtes.

Une longue phase de déclin s’amorça peu après. Les recherches archéologiques tendent à montrer que l’importation d’amphores diminua à Manching, et qu’on y fabriqua moins de céramiques avec du graphite originaire d’autres contrées. Peut-être les routes marchandes n’étaient-elles plus sûres.

En ce temps-là, la crise frappa également les habitants de Dürrnberg. Ne pouvaient-ils plus transporter leur sel en toute sécurité ? Avaient-ils perdu leurs débouchés ?

Et voilà que, vers 50 av. J.-C., la porte est de Manching brûla. Elle ne fut pas reconstruite. Plus inquiétant encore, les habitants ne prirent même pas la peine de déblayer les débris.

C’était le temps de la guerre des Gaules – nom que Jules César donna à cette campagne contre les Celtes dans le plus connu de ses écrits.

En 58 av. J.-C., il avait engagé la lutte contre les ennemis du Nord. Son objectif était d’imposer la domination romaine sur toute la Gaule, et d’accroître la gloire et l’honneur de Rome, tout en assurant son avenir politique personnel. La honte, le traumatisme même, de la défaite de Rome, trois siècles auparavant, étaient encore présents dans toutes les mémoires.

Pour les Celtes, c’était leur avenir qui se jouait. Pourraient-ils continuer à vivre libres ? Ou leur territoire deviendrait-il une nouvelle province romaine, comme la Tunisie et la Libye actuelles, en Afrique, la Turquie occidentale, en Asie, ou l’Hispanie (péninsule Ibérique) ?

À l'été 52 av. J. - C., une bataille décisive se déroula à Alésia, en Bourgogne. Vercingétorix, le chef des Celtes, s’y était retranché avec des dizaines de milliers de guerriers. César et ses soldats édifièrent un puissant dispositif de siège, composé de constructions en bois et de fossés.

Dans cette situation désespérée, Vercingétorix parvint enfin à souder des groupes celtes isolés et rivaux. Une force armée de 20000 hommes environ, venus de toute la Gaule, se précipita à son secours. La bataille fit rage, mais les Celtes furent finalement obligés de reconnaître leur défaite face à des troupes romaines tactiquement supérieures et mieux entraînées.

César rendit compte de la défaite celte en quatre mots prégnants : « Vercingetorix deditur, arma proiciuntur [Vercingétorix est livré, les armes sont jetées]. » Toutefois, l’infériorité des Celtes face aux Romains n’était pas seulement d’ordre militaire.

Avant le début du Ier siècle av. J.-C., les Romains avaient établi des provinces dans le sud de la France, renforçant les liens économiques avec certaines régions de Gaule. Le commerce du vin et de plusieurs autres produits avait connu un grand essor. Ces échanges profitèrent aux négociants romains, mais aussi aux Celtes.

Ce ne fut cependant pas le cas partout. C’est ce qu’a constaté l’archéologue Sabine Hornung, professeure à l’université de la Sarre, lors de ses recherches. Ainsi la citadelle d’Otzenhausen, dans l’ouest de l’Allemagne, jusqu’alors modeste colonie de peuplement, prit un important essor vers l’an 100 av. J.-C. Un demi-siècle plus tard, elle connut un déclin soudain, et fut peut-être même entièrement désertée par ses habitants.

Sabine Hornung n’exclut pas que les Romains les aient affamés, à moins que cette agglomération, située dans l’est du territoire des Trévires celtes, fût restée à l’écart de l’évolution en raison de sa position géographique excentrée.

À la fin de l’époque celte, les fluctuations économiques entraînèrent une plus grande mobilité générale. Des populations périphériques vinrent s’installer dans les nouveaux centres, comme les ruraux d’aujourd’hui sont attirés par les métropoles. Des régions entières furent abandonnées – peut-être pas en raison d’épidémies qui auraient décimé les populations, comme l’ont suggéré certains chercheurs, mais parce que les habitants avaient perdu leurs moyens de subsistance.

La guerre des Gaules s’acheva par la défaite militaire des Celtes. Les transformations économiques contribuèrent à intégrer ceux-ci dans la vie romaine, et les Romains n’eurent pas grande difficulté à se les concilier. Les élites furent les principales bénéficiaires des temps nouveaux. « Pourquoi auraient-elles été hostiles aux nouveaux maîtres ? », demande Sabine Hornung. Et l’attitude des classes aisées influença sans nul doute celle du commun des mortels.

Aussi les archéologues pensent-ils que la transition vers la civilisation gallo-romaine et, enfin, l’extinction quasi complète du mode de vie celte, se déroulèrent plutôt en douceur. Les Romains manœuvrèrent intelligemment.

« Ils permirent à de nombreuses villes de garder leur autonomie administrative. Ils laissèrent aussi aux Celtes leurs sanctuaires et autorisèrent leurs chefs de tribus à continuer à siéger, tout en gardant le dernier mot, décrit Günther Moosbauer, archéologue spécialiste des Romains. Ils créèrent aussi des forums où l’on pouvait acheter des marchandises romaines, comme des étoffes, des lampes et du vin, persuadant ainsi les Celtes des avantages du mode de vie romain.»

Comment vivaient les Celtes ? Quelles furent leurs réalisations ? Comment disparurent-ils ? Grâce à leurs découvertes, les chercheurs ont pu se forger une idée relativement précise de cette civilisation antique. De nombreuses questions demeurent cependant en suspens, et certaines hypothèses attendent d’être confirmées.

Par exemple, on ignore encore si l’Alte Burg fut réellement un cirque celte précoce et si, en Suisse, le Mormont fut bien un camp de réfugiés. Là où, il y a quelques années, les archéologues dégageaient encore du sol des ossements et des céramiques, de grosses excavatrices éventrent aujourd’hui la montagne calcaire du site.

De retour du sommet du Mormont, Gilbert Kaenel emprunte une étroite route qui en longe le versant postérieur. Les monts du Jura se dressent sous les rayons du soleil. Les fleurs de pissenlit émaillent les prés ; çà et là surgit une petite forêt. Une atmosphère paisible. L’archéologue parcourt le paysage du regard tandis qu’un sourire espiègle éclaire son visage : « Qui sait ce qu’il y a encore à découvrir ici ? »


Trouvé ici.


Découverte d'une tombe princière celte





Quelle découverte remarquable:

(...) les chercheurs de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) fouillent, depuis l’automne, une tombe princière du Ve siècle avant notre ère, qui s’annonce comme l’une des plus remarquables de la culture celte de la période dite du Hallstatt (entre 800 et 450 avant J.-C.).

(...) Un vaste chaudron de bronze, d’environ un mètre de diamètre, finement ouvragé et dont les quatre anses sont ornées de têtes cornues du dieu grec Acheloos, forme la pièce principale du matériel exhumé. «Nous pensons que ce chaudron est de facture probablement étrusque, ou peut-être grecque», dit l’archéologue Emilie Millet, responsable du mobilier.

D’autres objets de prestige, la plupart en provenance du monde méditerranéen, témoignent du pouvoir économique et politique du seigneur celte inhumé là voilà quelque vingt-cinq siècles. En particulier, un vase à boire de fabrication grecque – une oenochoe – retrouvé dans le chaudron est une pièce sans équivalent. Ce vase de céramique noire, utilisé pour prélever le vin dans le chaudron au cours du banquet, est rehaussé, à son pied et à sa lèvre, d’une tôle d’or.

«Même dans les riches tombes grecques on ne retrouve pas de tels objets», note l’archéologue Dominique Garcia, professeur à l’université d’Aix-Marseille (...) D’autres éléments de vaisselle liés à la consommation de vin et à la pratique grecque du banquet – le symposium – ont également été retrouvés. Notamment, une cuiller d’argent et d’or permettait de filtrer le vin des aromates avec lesquels il était, à l’époque, mélangé.

(...) le mobilier funéraire suggère à nouveau l’acculturation des élites celtes de cette période aux pratiques culturelles du monde méditerranéen.

Sur le même site, d’autres sépultures plus anciennes ont été mises au jour. Une vingtaine d’urnes funéraires contenant des esquilles et des cendres sont bien plus anciennes et remontent à l’âge du bronze, jusqu’à 1 400 avant J.-C. Toutes ces sépultures ont été réunies dans un même monument au Ve siècle, un vaste tumulus d’une emprise d’environ 7 000 mètres carrés, ceinturé par un fossé et une palissade, érigé au-dessus de la sépulture princière hallstattienne. Un monument de plusieurs mètres d’élévation qui devait, à l’époque, fortement marquer le paysage. 




 

Contrairement à ce que l'on imagine, les Gaulois savaient écrire



Nombreux sont les mythes autour des Gaulois. Les aventures d’Astérix et plus largement l’engouement pour les peuples celtes charrient avec eux quelques croyances erronées. Un mythe qui a la peau dure ? Les Gaulois auraient boudé l’écriture.  « Ce cliché est hérité d'un passage de La Guerre des Gaules, de César, souvent lu trop rapidement. César rapporte que les druides voulaient conserver le secret de leur pratique, et donc qu’ils évitaient l’usage de l’écriture. Mais il est aussi explicitement mentionné dans ce même passage que les Gaulois écrivaient pour les affaires courantes, et qu’alors, ils utilisaient l'alphabet grec » explique Coline Ruiz Darasse, épigraphiste.

Cette chargée de recherche CNRS à l'Institut Ausonius (Université Bordeaux-Montaigne) est à la tête d’un grand projet de recensement et de numérisation des inscriptions gauloises retrouvées en France. Il y en a aujourd’hui près de 800 (sans compter les inscriptions sur les pièces de monnaie), que les spécialistes ont commencé à étudier dès le 19e siècle. La somme de ces savoirs sera disponible en ligne dès le mois d’août 2022, sur le site du RIIG – le recueil informatisé des inscriptions gauloises. Parmi elles, un grand nombre de noms propres écrits sur des cruches, des pierres tombales, des bols...

« Je trouve ça à la fois incroyable et très émouvant de pouvoir lire ces noms écrits sur des objets du quotidien. Cela permet aussi d’avoir un accès direct à la langue gauloise. C’est un moyen privilégié d’en savoir plus sur ces populations celtiques, en contre-point de La Guerre des Gaules, qui est un récit de propagande écrit par César pour financer ses campagnes militaires » souligne Coline Ruiz Darasse. Parmi les exemples que l’on peut désormais consulter en ligne, il y a aussi cette dédicace au dieu des forgerons, Ucuetis, gravée sur une stèle et retrouvée à Alésia, lieu de la reddition de Vercingétorix face à César. « C’est intéressant : d’une part, cela a appuyé l’identification du lieu. En effet, la pierre mentionne "in Alisiia" à la dernière ligne, c’est-à-dire "à Alésia". Et d’autre part, quelques années plus tard, des fouilles archéologiques ont découvert une forge à cet endroit, venant confirmer le sens du texte et l’identité du dieu » s’enthousiasme la chercheuse.        

« VERCINGÉTORIX » SUR DES PIÈCES DE MONNAIE

Si cette stèle, écrite en alphabet latin, date du 1er siècle ap. J.-C., les Gaulois ont commencé à utiliser l’écriture bien avant. Ils pourraient y avoir eu recours dès l’âge du Bronze, même si les spécialistes n’en ont pas trouvé de traces. « Il y avait bien des langues gauloises, qui étaient peut-être écrites sur des supports périssables : des écorces d'arbres, des tablettes en bois, des tissus... Ou bien les Gaulois ne faisaient qu’un usage oral de la langue » explique la chercheuse. Quand les Grecs fondent Marseille vers 600 av. J.-C., ils apportent leur alphabet – mais les Gaulois mettront près de 300 ans à se décider à l’utiliser, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi ils attendirent si longtemps. C’est en tout cas au début du 2e siècle av. J.-C. que les premières inscriptions gauloises écrites avec l’alphabet grec apparaissent autour de la cité phocéenne, en Provence et jusqu’en Bourgogne.

Puis, à la fin du 2e siècle av. J.-C., les Romains s’imposent dans le paysage et changent la donne. En conquérant le sud de la Gaule, ils diffusent leurs langues et leurs mœurs. Les langues gauloises se transcrivent désormais en alphabet latin, ce qui permet aux populations celtes de participer au commerce international de l’époque tout en affirmant l’identité des différentes tribus gauloises. « On voit apparaître sur des pièces de monnaie le nom de certains chefs de tribu notamment écrit en alphabet latin. On a par exemple trouvé des pièces où le nom de Vercingétorix est inscrit » poursuit Coline Ruiz Darasse. Les Gaulois s’enrichissent grâce aux échanges avec les Romains, en vendant des armes et de l’orfèvrerie, et ont accès à de nouveaux biens, comme du vin ou de la vaisselle, le tout en revendiquant leur place au beau milieu des envahisseurs.

« UN GRAND PUZZLE »

Parmi tous ces enseignements, il reste encore un certain nombre de mystères à percer. « C’est une langue que l’on essaye toujours de décrypter. Par exemple, on ne connaît pas encore tous les cas des différentes déclinaisons. Certains mots ne sont pas totalement compris - même si on tente de trouver des parallèles avec l'irlandais, le gallois ou le breton. On a un grand puzzle avec des trous, et chaque nouvelle inscription nous permet d’avancer dans cette énigme » résume Coline Ruiz Darasse. Dans un souci de transparence, le recueil informatisé des inscriptions gauloises propose, quand les chercheurs ne sont pas certains de l’interprétation, différentes hypothèses de traduction.

« Cela peut paraître surprenant, mais au milieu des rêveries que suscitent les Gaulois et les druides, nous voulons être le plus rigoureux possible et proposer des données extrêmement solides au public » conclut la chercheuse.






Trouvé ici.


Les toutes premières métropoles du monde commencent à livrer leurs secrets



Extrait de l'article:

À leur apogée, Uruk, Ur, Meggido, Babylone et Ninive purent chacune prétendre, avec leur foison de palais, de temples, de marchés et de tavernes où l’on dégustait du vin de figues, au titre de cœur urbain du monde. Bien que rien ou presque ne subsiste de ces civilisations autrefois majestueuses, l’archéologie moderne exhume les miettes de leur passé et parvient à reconstituer l’histoire fascinante de leurs anciens habitants (riches comme pauvres). Spoiler alert, il sera question de plaque dentaire, de potions létales et d’Armageddon.



URUK : BERCEAU DE L’ÉCRITURE

« C’est une puanteur de mangouste […] un homme troublé qui se donne des airs. » Non, il ne s’agit pas d’une tirade maladroite issue d’un film à petit budget mais de l’un des nombreux fragments de correspondance que des archéologues ont découvert gravés sur des tablettes d’argile à Uruk, principale ville de Sumer, la plus ancienne civilisation du monde qui a vu le jour en Mésopotamie méridionale (non loin de l’actuelle Samawa, en Irak).

Active à partir du quatrième millénaire avant notre ère environ, cette cité fortifiée atteignit son apogée environ mille ans plus tard. Quelque 40 000 personnes, des artisans, des chefs et des prêtres, animaient alors cette ville fortifiée. Ces fameuses tablettes d’argile, où prêtres et scribes gravaient des formes et des symboles anguleux, constituent le plus ancien système d’écriture jamais découvert : l’écriture cunéiforme, qui doit son nom à ses caractères en forme de clous.

Les archéologues se sont particulièrement intéressés à deux districts sacrés dédiés à An, dieu sumérien du ciel, et à Inanna, déesse sumérienne de la fertilité et de la guerre. Les fouilles leur ont permis de déduire que certains temples avaient la forme de ziggurats, d’imposantes tours étagées faites de briques où les prêtres faisaient des offrandes au dieu qu’on y honorait. Les milliers d’ouvriers anonymes dont le labeur intense nous a offert ces structures n’ont toutefois laissé que peu d’indices sur ce qu’a été leur existence quotidienne.

PORT PROSPÈRE

À la fin du troisième millénaire avant notre ère, alors que l’influence d’Uruk se dissipait, une autre cité mésopotamienne reprit le flambeau : Ur. Celle que les Irakiens dénomment aujourd’hui Tel-al-Muqayyar fut fondée au sud d’Uruk au quatrième millénaire avant notre ère, là où le Tigre et l’Euphrate se jettent dans le golfe Persique.

En 2000 av. J.-C., on y trouvait un port prospère comptant environ 60 000 âmes jouissant d’un niveau de richesse alors inégalé en Mésopotamie. Ses marchés attiraient des commerçants venus des quatre coins du vaste monde antique ; on venait de la Méditerranée, du golfe Persique et même d’Inde. À Sumer, les envahisseurs connaissaient des hauts et bas, mais à son apogée, c’est depuis Ur, le siège de l’empire, que maîtres et prêtres puissants opéraient. Bien qu’elle ait fini par décliner au fil des siècles, on se souvient de la cité comme du lieu de naissance d’Abraham, principal patriarche biblique.

Au 19e siècle, l’archéologue britannique Leonard Woolley découvrit des centaines de sépultures enfouies près d’une ziggurat remplie d’artéfacts spectaculaires : une dague en or avec manche en lapis-lazuli, des plateaux de jeu, un casque en or enfoncé par un objet contondant… Il mit également au jour les demeures finales de membres de la famille royale comme celle d’une ancienne reine nommée Puabi. On avait enterré avec elle d’autres personnes, soigneusement disposées en compagnie de leurs instruments de musique, de leurs chariots et de leurs armes. Il s’agissait de domestiques, de guerriers et d’autres personnes sacrifiées et enterrées là avec leurs maîtres. Dans une grande fosse se trouvaient six gardes armés et 68 servantes, dont une avait pris soin d’accrocher un ruban argenté à ses cheveux avant que la potion létale qu’elle avait ingérée ne l’emmène vers l’au-delà.



MEGGIDO : CHAMP DE BATAILLE

Au cours de sa longue histoire qui courut de l’an 6 000 av. J.-C. à l’an 500 av. J.-C., la cité de Meggido, située près de l’actuelle ville d’Haïfa, en Israël, connut d’abord une période de croissance avant de dépérir, puis elle repartit de plus belle et atteignit son apogée aux alentours de 1 600 avant notre ère. À cette époque, il s’agissait d’une imposante ville fortifiée située en surplomb d’un important carrefour de routes commerciales et militaires reliant la Mésopotamie, l’Égypte et l’Asie Mineure. Les archéologues y ont découvert les ruines de palais somptueux, de fortifications massives et de bâtiments sacrés s’entremêlant avec des habitations privées.

Sous l’un des palais, ils ont découvert un magot composé de bijoux en or et en lapis-lazulis, de plaques et de meubles en ivoire et de récipients en or. Un autre tombeau renfermait des dépouilles, celles d’un homme, d’une femme et d’un enfant parés de bijoux en or et en argent.

Des fouilles continuent d’avoir lieu sur le site. On y emploie notamment des techniques génétiques modernes qui nous renseignent sur la vie des citoyens moyens de l’ancienne ville. D’ailleurs, au grand bonheur des chercheurs, les habitants de la cité ne se brossaient pas bien les dents ; grâce à la plaque dentaire fossilisée qu’ils prélèvent sur les corps qu’ils étudient, ils parviennent à connaître leur régime. Les personnes de la haute société mangeaient des graines et des fruits locaux mais également des ingrédients et des mets importés d’ailleurs comme du sésame, du soja, du curcuma et même des bananes.

Mais Meggido était également une ville où l’on faisait la guerre. Au cours de son histoire plurimillénaire, elle fut le théâtre d’innombrables batailles. C’est par exemple là que prit place, au 15e siècle av. J.-C, la bataille de Meggido, première bataille recensée de l’Histoire, qui vit les Égyptiens menés par Thoutmôsis III conquérir Canaan. Peut-être est-ce à cause de ces événements que le livre de l’Apocalypse fait de Meggido le théâtre de la bataille finale entre le Bien et le Mal : l’Armageddon (qui signifie « colline de Meggido »).

BABYLONE : ESSOR ARCHITECTURAL

De toutes les cités ayant fleuri en Mésopotamie le long du Tigre et de l’Euphrate, aucune ne fut plus grandiose que Babylone. Située au sud de l’actuelle Bagdad, elle s’épanouit au début du deuxième millénaire avant notre ère avant de tomber face à l’envahisseur hittite en 1595 av. J.-C. À la fin du 7e siècle avant notre ère, sous le règne de Nabuchodonosor II, elle était redevenue la principale cité-État de la région.

Chef de guerre couronné de succès, Nabuchodonosor était également un bâtisseur enthousiaste. Sous son règne, qui dura plus de 40 ans, la ville fortifiée de Babylone s’étendait sur plus de sept kilomètres carrés. La spectaculaire porte d’Ishtar, qui mesurait plus de 11,50 mètres, encadrait l’une des entrées de la ville de ses carreaux vernissés bleus et or dépeignant un éventail symétrique de créatures fantastiques (elle se trouve désormais au musée de Pergame à Berlin). Depuis la porte, un chemin processionnel rectiligne filait devant le palais de Nabuchodonosor II et passait devant un assortiment de temples. L’un d’eux, l’Etemenanki, aurait inspiré l’épisode biblique de la tour de Babel.

Après la mort de Nabuchodonosor II, en l’espace d’une génération seulement, Babylone tomba aux mains du conquérant perse Cyrus le Grand. Néanmoins, la ville conserva sa grandeur sous le règne d’Alexandre le Grand qui prévoyait d’en faire sa capitale lorsqu’il y trouva la mort en 323 av. J.-C.

NINIVE : VILLE-JARDIN

Située sur la rive orientale du Tigre (et faisant désormais partie de la ville irakienne de Mossoul), Ninive se tenait au milieu de routes commerciales et de champs fertiles et exista, sous une forme ou sous une autre, pendant des milliers d’années. On y a découvert une célèbre tête en bronze datant du 3e millénaire av. J.-C. qui pourrait représenter Sargon d’Akkad. La cité atteignit son apogée autour de l’an 700 av. J.-C. sous le règne de l’Assyrien Sennachérib. Quelque sept kilomètres carrés de palais, de temples, de marchés et de canaux fleurirent dans l’enceinte de sa double fortification. Dans les temples, les citoyens vénéraient des dieux et des déesses comme Ishtar (Innana).

Les légendaires jardins suspendus de Babylone, l’une des Sept Merveilles du monde antique, se trouvaient peut-être à Ninive. Selon certains spécialistes, ils auraient arboré la majestueuse capitale assyrienne ; en effet, les ruines d’un espace-vert royal irrigué par un ingénieux système de canaux y trahissent la présence ancienne d’une spectaculaire volupté botanique.

Marchands et artisans y vendaient des étoffes, des objets en bronze, des épices et du vin venus d’ailleurs, tandis que les tavernes y servaient de la bière de figues produite localement. Les membres de la famille royale chassaient le lion depuis leurs chars dans des parcs prévus à cet effet à l’extérieur de la ville. Un roi ultérieur, Assurbanipal, établit une bibliothèque contenant environ 30 000 tablettes et planches ; des documents légaux, des mythes, des récits et des légendes, dont l’Épopée de Gilgamesh.

La bataille de Ninive eut lieu en 627 ap. J.-C. et oppose l’Empire byzantin aux Sassanides, dernier empire d’Iran avant les conquêtes musulmanes des 7e et 8e siècles. Passée sous contrôle arabe, Ninive devint un centre administratif mais finit par décliner. Au 13e siècle, elle n’était plus que ruines.





 

La moitié des gènes britanniques proviennent d’une migration de masse depuis la France



Extrait de cet article:

Une nouvelle étude publiée dans le journal Nature le 26 décembre révèle l’existence d’une migration de masse ayant eu lieu entre la France et la Grande-Bretagne il y a 3 000 ans. Désolé pour nos amis anglais, mais la moitié de leur patrimoine génétique provient de nos terres.

C’est une équipe internationale forte de 200 chercheurs, menés par l’université de York en Angleterre, l’école médicale de Harvard aux États-Unis et l’université de Vienne en Autriche, qui a conduit l’étude qui nous intéresse ici. L’ADN de 793 individus ayant vécu en Grande-Bretagne à l’âge du bronze a été examiné, révélant qu’entre 1300 et 800 avant notre ère, des vagues de migrants ont débarqué au sud du pays en provenance des environs de ce qui est aujourd’hui le nord de la France.

Le professeur Ian Armit de l’université de York, auteur de l’étude, explique que les scientifiques suspectaient depuis longtemps l’arrivée de migrants sur l’île britannique à l’âge du bronze, mais que leurs théories reposaient sur « le commerce et le partages d’idéologies ». Désormais, la nouvelle étude ADN montre comment du moyen à la fin de l’âge du bronze, « d’intenses contacts » se sont établis entre les communautés britanniques et européennes.

Le professeur Armit explique au DailyMail que les plus proches parents génétiques des migrants arrivés en Grande-Bretagne sont « tous issus de populations périphériques de la France à la fin de l’âge du fer ». Le contact soutenu et intense entre les populations du continent et de Grande-Bretagne sur plusieurs siècles a ainsi complètement changé le destin génétique des Britanniques. Il précise d’ailleurs que cette mixité génétique est intervenue paisiblement via le commerce et les alliances familiales.

L’étude montre également qu’aucune migration de ce type ne s’est faite aux débuts de l’âge du fer, allant à l’encontre de l’association généralement faite entre l’âge du fer et l’expansion des langues celtes. C’est ainsi encore du côté de la France et de la fin de l’âge du bronze qu’il faut se tourner pour identifier l’arrivée de ces influences linguistiques. De là à dire que les Anglais sont nos enfants…


 

Des perles égyptiennes au Danemark!



Extraits de l'étonnant article:

De superbes perles de verre trouvées dans des sépultures danoises de l'âge du bronze datant de 3400 ans se sont révélées provenir de l'Égypte ancienne - pour être précis, de l'atelier qui a fabriqué les perles bleues enterrées avec le célèbre roi Toutankhamon. La découverte prouve qu'il y avait des routes commerciales établies entre l'extrême nord et le Levant dès le 13e siècle avant notre ère.

(...) Ces perles bleues ne sont pas la seule preuve du commerce entre l'ancien Danemark et la région. Au total, 271 perles de verre ont été trouvées sur 51 sites funéraires au Danemark, dont la majorité provenait de Nippur, en Mésopotamie, à environ 50 km au sud-est de l'actuel Bagdad en Irak.

(...) Avec d'autres découvertes comme le cuivre chypriote trouvé en Suède, l'image d'un système commercial élaboré émerge. En outre, les perles d'ambre nordiques ainsi que les perles de verre égyptien et de lingots de cuivre faisaient partie de la précieuse cargaison du navire naufragé à Uluburun, à proximité des côtes de l'actuelle Turquie.

(...) «Les systèmes commerciaux de la Méditerranée orientale semblent s'être effondrés vers 1200 avant JC, ce qui doit être dû à des temps troublés, peut-être à la guerre et aux conflits, et à l'émergence des Peuples de la mer. Cet effondrement peut également être observé dans les sépultures nordiques. Moins de perles de verre semblent avoir atteint le nord. »

Cliquez ici pour en savoir plus à propos de ces énigmatiques Peuples de la mer.





La plus ancienne sculpture en bronze d’Europe



Extraits de l'article:

Une main en bronze et or vieille de 3500 ans : c’est l’incroyable découverte faite par deux hommes domiciliés dans le Jura bernois. Elle a été annoncée ce mardi par le Service archéologique du canton de Berne. Armés de leurs détecteurs de métaux, les deux amis se sont rendus sur le Plateau de Diesse début octobre 2017. C’est à Prêles qu’ils ont trouvé la précieuse sculpture, aux côtés d’une lame de poignard en bronze et d’une côte humaine. 

(...) Les analyses menées sur la sculpture, notamment concernant la colle végétale utilisée pour fixer la fine plaque d’or appliquée sur le poignet, ont permis de déterminer que la main datait de 1500 à 1400 av. J.-C. Les métaux utilisés sont par ailleurs des alliages couramment utilisés à cette époque.

(...) A la suite de cette découverte, le service archéologique du canton de Berne a réalisé des fouilles. Elles lui ont permis de mettre au jour au début de l’été une tombe contenant les ossements d’un homme adulte. Elle contenait une spirale en bronze et des restes de plaque d’or provenant vraisemblablement de la main.

(...) « La main de Prêles est à ce jour la pièce en bronze la plus ancienne figurant une partie du corps humain, ce qui en fait un objet unique et remarquable ».


Une grande bataille il y a 3200 ans

Extraits de l'article:

Il y a environ 3200 ans, deux armées se sont affrontées au passage d'une rivière près de la mer Baltique. La confrontation ne peut être trouvée dans aucun livre d'histoire (...) mais ce n'était pas une escarmouche entre les clans locaux. Des milliers de guerriers se sont réunis dans un combat brutal, qui s'est peut-être déroulé en une seule journée, en utilisant des armes fabriquées à partir de bois, de silex et de bronze, un métal qui était alors le summum de la technologie militaire.

(...) "Nous avons 130 personnes, minimum, et cinq chevaux. Et nous avons seulement ouvert 450 mètres carrés. C'est 10% de la couche découverte, tout au plus, peut-être seulement 3 ou 4% », explique Detlef Jantzen, archéologue en chef au MVDHP. "Si nous creusions toute la zone, nous pourrions avoir 750 personnes. C'est incroyable pour l'âge du bronze. » (...) Terberger et lui affirment que si un participant sur cinq a été tué et laissé sur le champ de bataille, cela pourrait signifier que près de 4000 guerriers auraient pris part au combat.







World War Zero?

La fin de l'âge de bronze, il y a 3200 ans, pourrait avoir été marquée par des guerres massives qui expliquent la chute des grandes civilisations méditerranéennes. C'est le moins l'hypothèse mise en avant dans cet article de New Scientist:

Nous savons, d'après les textes hittites, que les royaumes luwiens formaient parfois des coalitions assez puissantes pour attaquer l'empire hittite. Zangger pense qu'il y a 3200 ans, les Luwiens l'ont fait et ont détruit l'empire hittite (...)

Peu de temps après la disparition des Hittites, les textes égyptiens documentent une force d'attaque qu'ils appellent les «gens de la mer». Zangger dit qu'il est logique de voir ces gens de mer comme les Luwians, poursuivant leur campagne pour la richesse et le pouvoir et, dans le processus, affaiblissant et déstabilisant le Nouvel Empire égyptien.

Les Mycéniens, anticipant peut-être une attaque sur leur territoire, forment une grande coalition, dit Zangger. Ils traversèrent la mer Egée et attaquèrent les Luwians, détruisant leur civilisation et détruisant ses villes clés comme Troie - événements immortalisés dans l'Iliade d'Homère.

En revenant en Grèce, cependant, et en l'absence soudaine de toute autre menace, Zangger croit que les Mycéniens se chamaillent et tombent dans la guerre civile - des événements suggérés dans l'Odyssée d'Homer. Leur civilisation était la dernière dans la région à s'effondrer.

Zangger dit que seule une telle séquence d'événements correspond aux preuves documentées dans les textes anciens à travers la Méditerranée orientale, et explique aussi pourquoi les archives archéologiques montrent que presque toutes les grandes villes de la région ont été détruites à la fin de l'âge du bronze. Il expose ses idées dans un nouveau livre, et sur un site web qui se lance en anglais aujourd'hui.






Un visage de l'Âge de bronze

Extrait de l'article:

Une reconstruction faciale a été faite d'une jeune femme décédée il y a plus de 3 700 ans.

Les os de la femme, y compris un crâne et des dents, ont été découverts à Achavanich, Caithness, en 1987.